Un enfant de pauvre ne vaut pas moins qu’un enfant de riche

La première proposition de gauche de 2012 a déclenché une tempête médiatique impressionnante. La droite, et le président-pas-encore-candidat-mais-quand-même en première ligne, voudrait nous faire croire que nous voudrions détruire la politique familiale de la Nation. Mais la famille pour la droite, ce ne sont pas ces minables qui se contentent de moins de 5000€/mois … chacun.
« De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins » Il s’agit d’un des principes les plus fondamentaux de justice nécessaire à la cohésion de la société: la réduction des inégalités et la redistribution des richesses. De manière caricaturale, il y a deux grandes façons d’aller dans cette direction qu’il faut combiner. On peut focaliser les ressources là où elles sont le plus nécessaires, c’est dans le contexte le rôle des allocations familiales. On peut aussi collecter les ressources en question selon un principe de progressivité : plus on est riche, plus la proportion dans laquelle on contribue est élevée. C’est sensé être le rôle de l’impôt, mais la droite a lentement érodée cette progressivité, notamment au profit des plus aisés.
En termes de politique familiale, on touche à un exemple extrême d’injustice. En gros, un enfant de riche a plus de valeur, même proportionnellement, pour l’administration fiscale (9000€/an pour un foyer avec 3 enfants et 10 smic de revenu) qu’un enfant de classe moyenne (600€ quand le revenu n’est plus que de 2 smics : 15 fois moins pour 5 fois moins de revenu) et même rien pour un foyer qui ne paie pas d’impôt du fait de revenus trop faibles. Même dans une logique de droite libérale, qui voudrait voir un impôt à taux fixe quelque soit le revenu, c’est injuste. Alors dans la logique d’une République sociale qui promeut la cohésion sociale par la redistribution des richesses, c’est inique !
La solution évoquée de prime abord consiste à supprimer le quotient familial, donc à faire participer chaque foyer au financement des politiques publiques selon un impôt sur le revenu progressif, et à redistribuer aux familles une somme forfaitaire correspondant à ce que la nation consent à consacrer à chaque enfant dans les familles. Ca n’est redistributif que part un bout, celui du prélèvement, mais ça aurait le mérite d’affirmer un principe républicain fondamental : un enfant de pauvre a la même valeur pour la nation qu’un enfant de riche !
Des inégalités systémiques persistantes. Une telle réforme contribuerait à réduire les inégalités, mais il faut garder en mémoire que c’est une petite partie des moyens que consacre la République à ses enfants, et que la répartition des autres moyens n’est pas toujours parfaite. Si les allocations familiales permettent encore de réduire à la marge les inégalités, il faut le mettre en regard du coût de l’éducation. Lorsqu’on intègre dans les calculs la masse salariale des personnels de l’Education Nationale, on voit que l’Etat consacre bien plus de moyens dans les collèges et lycées des beaux quartiers (où sont souvent les fonctionnaires les plus expérimentés) que dans les lycées de zones plus populaires où les débutants font leurs premières armes. La reproduction sociale en oeuvre dans l’Enseignement Supérieur et le traitement très favorisé du cycle prépa-grandes écoles par rapport à l’Université poursuivent cette concentration des ressources publics sur les enfants issus de familles riches.
Dans les politiques de classe, le centre est de droite. Alors les cris d’orfraie de cette droite doivent être considérés pour ce qu’ils sont, les soubresauts des artisans d’une politique de classe méprisant l’immense majorité de la population, fossoyeurs des idéaux républicains au profit d’une oligarchie toujours plus boulimique de fric. Et à ce titre, le positionnement de Bayrou devrait être éclairant pour tout ceux qui croient encore à cette fumisterie d’alliance des humanistes : le centre est de droite dès qu’on touche aux fondamentaux et le sera toujours.
- Pour aller plus loin, le même sujet traité chez l’ami JeF
Le marché libre n’est ni efficace ni juste quand il touche au logement
Je reproduis la ma contribution à un débat organisé sur le site NewsRing sur le blocage des loyers et auquel je vous invite à aller contribuer ou juste voter pour ou contre. Ce débat est né suite à la déclaration du secrétaire d’état au logement B. Apparu qui a qualifié de “débile” la proposition de la gauche de bloquer les loyers pour mettre fin à la spéculation galopante qui étouffe le pays. Evidemment, quand on manie l’insulte c’est généralement que les arguments manquent. D’ailleurs Apparu, contacté par la journaliste qui a organisé le débat sur le site, a promis qu’il y contribuerait mais … on l’attend encore. Voilà donc ma contribution, nécessairement approximative du fait d’une limite sur la taille des contributions et de l’heure tardive où je l’ai écrite.
Le marché libre n’est ni efficace ni juste quand il touche au logement
Les logements ne sont finalement sur un libre marché que depuis une trentaine d’années. Ce n’est donc ni une logique ancestrale et culturelle, ni une réalité qu’il serait utopique de contredire.
La première question à se poser, c’est de savoir s’il est légitime que l’accès au logement soit dans la sphère marchande classique. Honnêtement, ça n’est déjà pas tout à fait le cas, même avec les dérégulations organisées par la droite (rappelons que l’explosion des prix de vente, et donc de location, a été grandement favorisé par une baisse drastique de la fiscalité sur la revente de bien immobiliers votée en catimini dans les premières semaines après l’élection législative de 2002 et qui a lancé une grande vague de spéculation, notamment par les “ventes à la découpe” d’immeubles). En effet, aux côtés du marché privé, il y a les différents secteurs de logements sociaux. Seulement ceux ci sont en nombre insuffisant pour amortir et réguler le marché privé.
Mais au delà de cela, l’accès à un logement est un bien essentiel. Sans logement, il n’y a pas de vie en société, et loin des clichés véhiculés de ci de là, on peut perdre son logement tout en ayant un emploi (par exemple suite à une séparation), ne pas en retrouver à cause d’un salaire trop bas, et finir par perdre son emploi. Cette spirale là a été documentée et illustrée à plusieurs reprises.





