Camarade…

Aujourd’hui, j’ai appris le décès d’un camarade. Oh, je ne vais pas faire pleurer grand-mère hein, je l’avais un peu connu il y a plusieurs années au MJS, mais je n’étais pas proche de lui. C’était un camarade que j’estimais, mais c’était « juste » un camarade…

C’était un « juste » camarade, et l’annonce de son décès m’a mis une claque. Des décès révoltants, j’en ai malheureusement vu d’autres, récemment et plus proches, la claque vient pas de là. C’est ce lien, « juste camarade », qui me fait gamberger. Il est à la fois si ténu et si fort… Ce lien de camaraderie prend encore une autre dimension  quand on a partagé des combats difficiles et longs. La camaraderie est au coeur de ce qui rend l’engagement une aventure humaine intense, indispensable.

Ce soir, j’ai envie de parler d’une forme d’engagement au sein du Parti Socialiste qui est souvent mal connue, parfois déconsidérée par certains camarades qui ne l’estime pas « à leur niveau ». Peu de gens voient la noblesse de l’engagement dans le Service d’Ordre du Parti Socialiste. Et pourtant, j’aime les camarades du SO. Des camarades vrais, qui donnent de leur temps et de leur énergie au service du Parti, de ses valeurs et de ses militants, hors des enjeux de pouvoir, sans être au service d’un camp ou d’un candidat.

Contrairement au mythe des « gros bras », le SO n’est pas une bande de marmules sans cervelle. Je me souviens d’ailleurs avec délectation du visage d’une amie et néanmoins camarade qui ne connaissait que cet aspect de mon engagement lorsqu’elle a appris que j’étais chercheur au CNRS ! Le SO est réellement à l’image de la société, bien plus que le Parti dans son entier finalement, des ouvriers qui triment, des jeunes qui galèrent, des employés, des cadres, des retraités, des forces de la nature et des crevettes … des hommes et des femmes de bonne volonté. Chacun son histoire, son parcours, mais tous qui posons des congés pour que nos camarades ne se posent pas de question en manif, profitent des réunions publiques, apprécient les universités d’été, pour que nos personnalités médiatiques puissent faire leur boulot sans se faire éborgner par un journaliste, qui taffe lui aussi.

J’ai d’ailleurs un souvenir très heureux de mon premier contact avec le SO national. Le président du MJS à l’époque, m’avait chargé de tenter d’organiser un « SO jeunes » en lien avec le national. J’avais quelques expériences de SO, improvisées sur le tas à Nice, mais j’avais tout à apprendre. J’ai été accueilli avec chaleur et convivialité, sans qu’aucune question ne se pose. Etre là et partager des valeurs essentielles suffisait. J’ai été formé sans être pris de haut, et depuis j’ai eu l’occasion d’être sur le terrain à plusieurs reprises, pendant la présidentielle, sur des rassemblements un peu chaud ou pas, à La Rochelle, … et  j’apprends à chaque fois auprès des camarades d’expériences. Mais surtout je passe des moments intenses avec des camarades qui font l’honneur de la famille socialiste. Et puis, bon, on se marre bien quand même !

Bien sûr, ça n’empêche pas, bien au contraire, d’avoir ses choix et de se battre, comme tout militant, pour convaincre au sein du Parti et à l’extérieur. Protéger ses camarades sur le terrain, participer à la réussite pratique et politique d’un événement public, est totalement complémentaire du militantisme intellectuel ou de conviction plus classique.  J’ai parfois même l’impression que le militantisme de terrain rend les convictions encore plus chevillées au corps, avec un attachement au Parti, notre famille politique, bien ancré dans les tripes.

Alors lundi, on y retourne pour la venue de François Hollande à Lyon et Villeurbanne, dans le cadre de la campagne des élections cantonales. J’espère bien qu’à la fin notre présence n’aura pas été nécessaire, et si elle l’aura été, que ça ne se sera pas vu. Mais je sais que je serais au service de mon Parti, différemment mais autant qu’en organisant une réunion de réflexion sur les mécanismes collectifs de solidarité.

Pour terminer sur une note nostalgique vers mes camarades niçois qui étaient en réunion de section ce soir, je pense souvent à un camarade kurde, réfugié politique à Nice après un long séjour dans les prisons turques. Pour lui la strophe « Ami quand tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place » avait un sens concret dans le contexte d’un militantisme clandestin et réprimé dans un pays où la torture se pratique encore. Heureusement, la démocratie française, même mal en point comme aujourd’hui, nous  épargne ce genre d’extrémités, sans oublier toutefois qu’il y a moins de 20 ans, de simples colleurs d’affiches se sont fait tuer par des militants du FN. Ce soir, cette strophe résonne à la mémoire de Pierre, mais aussi à celle de « Papy », une figure du SO national qui était de ceux qui m’ont accueilli à l’époque et qui manque à l’appel.

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