Le marché libre n’est ni efficace ni juste quand il touche au logement

Je reproduis la ma contribution à un débat organisé sur le site NewsRing sur le blocage des loyers et auquel je vous invite à aller contribuer ou juste voter pour ou contre. Ce débat est né suite à la déclaration du secrétaire d’état au logement B. Apparu qui a qualifié de « débile » la proposition de la gauche de bloquer les loyers pour mettre fin à la spéculation galopante qui étouffe le pays. Evidemment, quand on manie l’insulte c’est généralement que les arguments manquent. D’ailleurs Apparu, contacté par la journaliste qui a organisé le débat sur le site, a promis qu’il y contribuerait mais … on l’attend encore. Voilà donc ma contribution, nécessairement approximative du fait d’une limite sur la taille des contributions et de l’heure tardive où je l’ai écrite.

Le marché libre n’est ni efficace ni juste quand il touche au logement

Les logements ne sont finalement sur un libre marché que depuis une trentaine d’années. Ce n’est donc ni une logique ancestrale et culturelle, ni une réalité qu’il serait utopique de contredire.

La première question à se poser, c’est de savoir s’il est légitime que l’accès au logement soit dans la sphère marchande classique. Honnêtement, ça n’est déjà pas tout à fait le cas, même avec les dérégulations organisées par la droite (rappelons que l’explosion des prix de vente, et donc de location, a été grandement favorisé par une baisse drastique de la fiscalité sur la revente de bien immobiliers votée en catimini dans les premières semaines après l’élection législative de 2002 et qui a lancé une grande vague de spéculation, notamment par les « ventes à la découpe » d’immeubles). En effet, aux côtés du marché privé, il y a les différents secteurs de logements sociaux. Seulement ceux ci sont en nombre insuffisant pour amortir et réguler le marché privé.

Mais au delà de cela, l’accès à un logement est un bien essentiel. Sans logement, il n’y a pas de vie en société, et loin des clichés véhiculés de ci de là, on peut perdre son logement tout en ayant un emploi (par exemple suite à une séparation), ne pas en retrouver à cause d’un salaire trop bas, et finir par perdre son emploi. Cette spirale là a été documentée et illustrée à plusieurs reprises.

Dès lors, est-il légitime de pouvoir s’enrichir sur l’accès à un bien aussi essentiel ? Moi je dis non, ça n’est pas juste, mais, à la limite, c’est un positionnement moral. Si encore, le résultat des logiques de marché était une offre de logement cohérente avec le niveau de vie des Français, on pourrait argumenter. Mais aujourd’hui 50% de la population vit avec moins de 1250€/mois net (et encore pour ceux qui ont un temps plein), donc avec une capacité de location théorique de 420€/mois pour un célibataire, 840€/mois pour une famille, ce qui représente selon lesvilles entre de 23 à 30m2 pour un célibataire, 45 à 60m2 pour une famille, et encore il s’agit de loyers moyens alors que les petites surfaces coûtent plus cher au m2, et sans parler de Paris où l’on ne se loge pas à ces tarifs là.

Or donc, le marché au niveau où il est organise une ségrégation sociale dans les villes (la gentrification), et expulse les « catégories populaires » (la moitié de la population quand même) dans les quartiers les plus dégradés. L’anti-thèse de la mixité sociale dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle est source de mieux vivre et de lien social. Ca n’est donc pas juste.

Mais ça n’est pas efficace non plus économiquement parlant ! De tels niveaux de loyers et de prix à l’achat organise une concentration de capitaux entre quelques mains, celles de ceux qui ont les moyens de spéculer sur les hausses constantes du marché et celles des banques qui prêtent sur des durées toujours plus grandes. Cet argent là n’est pas réinvesti intégralement dans le circuit économique français et l’immobilisation des capitaux est un des facteurs de baisse de la croissance. Alors qu’avec des loyers moindre et des prix d’achats moindre aussi, une plus grande part des revenus seraient consacrés à de la consommation, donc à l’activité économique française.

Bref, ne pas contraindre le marché des loyers et favoriser fiscalement la spéculation immobilière, c’est favoriser la rente contre le pouvoir d’achat des salariés et c’est à la fois injuste et inefficace économiquement.

 

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