Comme un désir de management

 Aujourd’hui, je suis à « l’Ecole de Management Inria », un cycle (le deuxième en l’occurrence) de formation pour les nouveaux « chefs » d’équipe de recherche et de service dans Inria.

Outre, l’intérêt de se retrouver entre collègues qui faisons face à des interrogations similaires quoique dans des situations diverses, c’est aussi un moment où l’on se fait sa propre idée de la façon de gérer un collectif.

La recherche, c’est un contexte assez particulier :

  • la hiérarchie est faible, mais la pression gestionnaire du système est forte et les statuts divers
  • les parcours sont très individuels car évalués comme tels et guidés par l’évolution de sa propre compréhension des sujets que l’on étudie, mais se déroulent dans des équipes, laboratoires, des instituts, des stratégies nationales et européennes.

Bref, un monde où l’immédiat pousse à l’individualisme mais dès que le long terme et l’intérêt général sont en jeu, comme souvent c’est le collectif qui fait force.

Les méthodes de management affreuses développées pour les entreprises dans le sillage de l’émergence du libéralisme n’ont heureusement pas de prise dans ce contexte de recherche publique. Dans le privé, la carotte est de plus en plus mythique et le bâton, la norme. Chez nous, il n’y a juste pas de bâton et la carotte n’est pas matérielle, ou alors parfois en contradiction avec les objectifs que nous inventent les directions.

Il faut entraîner, donner envie, convaincre, faire appel à l’esprit de mission de service public qui reste, heureusement, encore fort malgré un déclassement social continu de nos professions.

Et, ironie constante du sort, j’y vois un gros parallèle avec le dernier épisode psychodramatique au PS. Encore une fois, forcément, sur l’Europe, sujet préféré des droitiers-qui-ne-s’assument-pas pour développer des postures stériles et paralysantes. Sujet forcément crucial pour l’aile gauche, puisque terrain emblématique où le combat pour le progrès social est loin d’être gagné.

Au final, je laisse au curieux qui était enfermé dans une grotte cette semaine le bonheur d’aller fouiller la presse, la direction nationale du PS s’est rangée à une position de sagesse élémentaire : respecter le vote des militants et accepter les amendements au texte qui avaient réuni plus de vote « pour » que de « contre ».

Naturel non ? Et bien ce n’était pas si clair à l’issu du vote où certains n’ont pas admis que les militants, nombreux pour ce type de consultation, puisse valider une réorientation offensive de la ligne politique européenne du PS. Pas révolutionnaire non plus, cohérente même avec l’action de François Hollande. C’est dire 🙂

Le problème n’est pas l’orientation politique de la direction, c’est la méthode. Si c’était un enjeu suffisamment crucial pour qu’atteindre à l’une des valeurs les plus profondes du parti, la démocratie et le vote des militants, soit une solution, ils auraient dû agir différemment en amont: mobiliser leurs troupes, faire voter contre nos amendements, et gagner. Bon, ça aurait nécessité d’assumer leur ligne politique et convaincre que nos arguments n’étaient pas bons, et ça, c’était dur.

Une fois le vote passé, il fallait avoir le sens politique d’admettre sa défaite. Mais pour ça, il fallait comprendre le Parti et ses militants et pas en profiter pour, comme on l’a lu dans la presse, insulter avec une pauvre vision d’apparatchiks aigris ceux qui se positionnaient sur le fond (tout en étant conscient qu’on s’est tous vautré dans cette posture un jour ou l’autre).

Le grand n’importe quoi que l’on a vécu est, in fine, de la responsabilité quasi-exclusive de la direction du Parti. Pas nécessairement du 1er secrétaire, peut être de quelques uns de ses sbires, mais c’est ça un chef : assumer ses positionnements et son équipe.

Alors, Harlem, pourquoi ne pas inventer l’école de management socialiste ? 😉

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5 réflexions sur “Comme un désir de management

  1. si seulement les méthodes de management dont tu parles étaient effectivement réservées au privé…

  2. C’est vrai que c’est pas le secteur public qui est préservé. C’est surtout la recherche parce que, si on est évalué plusieurs fois par an (au moins partiellement), ces évaluations n’ont pas d’impact immédiat sur nos carrières. Mais ça n’est pas le cas pour les ITA.

  3. mon vécu syndical c’est qu’on a les mauvais côté du privé : pression, stress, compétition, surcharge… sans les bons côtés : il y a des entreprises qui font un vrai boulot sur les risques psycho sociaux et qui ont compris que des salariés heureux sont des salariés efficaces…

  4. Ca je te crois. Après, dans le privé, il y a énormément de paramètres qui jouent : la taille de la boite (et donc la distance entre les managers et les managés qui déshumanise d’un côté, mais qui permet aussi des visions long terme où l’intelligence peut, par magie, apparaitre 🙂 ), le dogmatisme des managers de haut niveau, la situation économique, etc, etc.
    Dans le public, je crois que c’est une question de mimétisme débile et de volonté de montrer que « eux aussi ils peuvent être méchants ».

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